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Innover en éducation : et si on se posait de nouvelles questions ?

09/21/2017

Ressentez-vous comme moi, ces derniers temps, que les questions « d’éducation » sont de plus en plus discutées au Québec, dans les collectivités et dans les foyers ? Une bonne chose, vous direz. De mon point de vue, c’est effectivement une bonne chose… « SI » on prend le temps de discuter du sujet en profondeur… et non pas simplement en « répétant des slogans » ou en s’appuyant sur une réflexion « déjà réfléchie » … ne faisant que rebrasser la soupe sans repenser la recette ou sans même penser revoir la liste des ingrédients. Ou pire encore, sans même se poser les questions : « est-ce vraiment de la soupe dont nous avons envie ? », « pourquoi voulons-nous de cette soupe ? », « est-ce que tout le monde a besoin de cette soupe ? », « qui veut de cette soupe ? ». À l’heure où le système d’éducation vit une période troublée, n’est-il pas temps de rediscuter de ce que nous souhaitons comme système d’éducation afin de le réinventer ?

 

« Le plus grand danger, dans les époques troublées, ce n’est pas le trouble, c’est de continuer à agir selon la logique d’avant. » - Peter Drucker

 

 

 

 

La question derrière l’innovation

 

À L’ILOT, mon travail consiste à accompagner des groupes et des organisations dans des processus de changement, d’innovation et de collaboration.  Au quotidien, je travaille avec des individus en les soutenant à revisiter leurs méthodes de travail et particulièrement à revisiter les « questions » qu'ils se posent pour les guider dans l’identification de nouveaux angles d'approches dans leurs pratiques.

 

La première étape consiste souvent à se poser une question : « pourquoi ? ». Et à chaque fois, cette étape devient le « cœur » de la démarche. On réalise tout à coup que les réponses au « pourquoi » soulèvent de nouvelles questions et interrogations qui invitent à un échange plus soutenu. Pour approfondir les fondements et les raisons d’être d’une pratique, par exemple. On s'attarde donc à chacune des questions avec « attention », on y réfléchit avec « intention » et, dans le dialogue, on développe une confiance les uns face aux autres grâce à la bienveillance qui s'installe dans le partage des « nombreux » points de vue autour du « pourquoi ».

 

Vous comprenez donc que répondre à cette question (pourquoi) nécessite que l’on prenne un long moment d’échange, de dialogue, de retour en arrière, de mise en contexte et de remise en question... Bref, c’est précisément en creusant cette question que l’on arrive à identifier collectivement « l’intention commune », autrement dit, la motivation du groupe. 

 

Cette étape est cruciale, elle permet au groupe de s’engager dans le processus de changement parce que l’on a su faire émerger par l’écoute, l’ouverture et le dialogue, une nouvelle « raison d’être » du système, du projet, de l'organisation… Une « raison d’être » plus en adéquation avec les aspirations individuelles ET collectives du groupe. Ce processus autour du « pourquoi » (why ?) est long, mais une fois réalisé, il devient tout à coup plus facile d’identifier collectivement des moyens (what ?) et des mécanismes (how ?) pour effectuer ce changement.

 

Ces processus sont d’une grande efficacité. L'équipe L'ILOT et ses collaborateurs le constatent au quotidien. Les changements deviennent tout à coup plus faciles à réaliser puisque l'objectif - le but commun - l'intention partagée ce sont définis par le dialogue et la construction d'un langage commun où chacun « a accueilli le point de vue de l'autre en sachant que son propre point de vue serait entendu et considéré ». De mon expérience, c'est à ce moment que l'on peut doucement commencer à s'aventurer collectivement sur les chemins de l'innovation…

 

 

Le problème de l'innovation en éducation

 

Et voilà donc où me mène ma réflexion entre ma pratique en innovation et mon intérêt pour l'éducation… « Pourquoi avons-nous un système d’éducation ? », « Quelle est notre intention commune qui guide notre système d’éducation ? ».

 

De toutes les discussions sur l’éducation que j'ai autour de moi, on aborde très rarement la question des « fondements du système ». Soit on me répond, d’une manière plutôt immuable, que le système est bâti pour répondre aux dynamiques économiques, et donc, il ne sert à rien d'en discuter, soit on n’ose pas aborder le sujet puisqu'on a pas de réelles réponses à partager, faute d’y avoir réfléchi.

 

Soyons honnêtes, il est difficile d'affronter une question qui remet en cause toute notre vision du monde. Parce qu’effectivement, quand on attaque les questions de fondements de l’éducation, on finit vite par arriver aux fondements de notre vision du monde... J'ai moi-même le tournis quand j'y pense… Mais je me dis qu’à force d’éviter de se poser « les bonnes questions », on va inévitablement n’apporter que de mauvaises réponses.

 

Pour faire une histoire courte (… bon je dois être honnête, quand j’aborde les questions d’éducation, je n’arrive jamais à faire une histoire courte… désolée!), les questions de fondements du système d’éducation donnent le vertige, et donc, on s'en remet trop souvent, comme individus ET comme collectivité, aux professionnels et aux « spécialistes » de l'éducation. On finit par se retrouver, individuellement ET collectivement, vide de réelles réflexions et aspirations pour NOTRE système éducatif.

 

En des termes plus scientifiques, on parle de la « réification » de l’éducation ou de « chosification » de l’éducation… Ce qui signifie que l’homme a oublié qu’il est le créateur du système d’éducation, comme si l’éducation était autre chose qu’un produit humain. C’est ce phénomène qui mène à la déshumanisation du système d’éducation. Et c’est précisément cela qui nous brime d’inventivité pour une transformation sociale, en nous donnant l’illusion que nous ne pouvons rien y changer.

 

Il est là, je crois, tout le problème de l'innovation en éducation : nous croyons que l'éducation ne nous appartient plus et l’on finit par croire que seul le système d'éducation peut résoudre les problèmes de « l’éducation ». Or, de mon point de vue, il est plus que nécessaire d’explorer les questions d'éducation sous de nouveaux angles, ce qui veut dire cesser de tenter d’innover avec comme seul angle d’approche la « scolarisation », résultat de l’institutionnalisation du système. Il est temps de réhumaniser NOTRE système d’éducation et pour cela, il faut se rappeler que ce système est un produit humain qui mérite qu’on y injecte beaucoup d’humanité.  

 

 

Revenons à nos moutons …

 

Bon là, si vous me suivez, ce que je tente de communiquer c’est que quand on parle d'innovation en éducation, je trouve qu’on parle plus souvent qu’autrement d’innovation « dans le cadre », dans le « système actuel ». Par exemple, on propose de revoir l’architecture des écoles pour les rendre plus attrayantes pour les enfants, on propose d’intégrer davantage le numérique, on propose de revoir le calendrier scolaire ou le menu de la cafétéria, etc. De mon point de vue, ces propositions ne permettent en rien de faire évoluer le système ou de le transformer… D’ailleurs, ces propositions d’innovation sont généralement acceptées et acceptables par le fait même qu’elles maintiennent le statu quo sur le « système » en place. Des réelles propositions d’innovation en éducation inviteraient par exemple à explorer une éducation qui échapperait aux contrôles institutionnels ou à (re)découvrir la responsabilité éducative parentale et communautaire.

 

Pour réellement innover en éducation, je crois qu’il faut d’abord « déconstruire notre représentation collective de l’éducation » et se permettre de « transgresser » les règles établies afin de cheminer ensemble vers une réorganisation du système.

 

« Toute évolution est le fruit d’une déviance réussie dont le développement transforme le système où elle a pris naissance : elle désorganise le système en le réorganisant. » – Edgar Morin

 

 

Quelques questions puissantes pour commencer…

 

C’est donc teinté de mon travail en innovation que je navigue dans le grand questionnement… « Pourquoi souhaitons-nous collectivement un système d’éducation ? »

 

Dans un souci de nourrir une réflexion en profondeur, il importe que cette question et les questions sous-jacentes soient considérées pour ce qu’elles sont et qu’on s’y attarde avec « attention » et « intention ». J’entends par là qu’il faut éviter de répondre par des « slogans » ou de répondre ce que le système attend précisément de nous… C’est-à-dire des réflexions déjà construire par ce système dans lequel nous avons fait nos classes !

 

Je vous laisse donc aujourd’hui avec cette question « Pourquoi souhaitons-nous collectivement un système d’éducation ? » et quelques questions sous-jacentes, questions qui pourraient être le point de départ d’une réflexion collective en profondeur… Et qui nous mènerait, j’en suis convaincue, sur le chemin d’une déviance réussie !

  • Qu'est-ce que l'éducation pour moi, pour vous, pour nous ?

  • Qu’est-ce que la scolarisation ?

  • Qu’est que l'apprentissage ?

  • Le droit à l’éducation « oui », mais de quelle éducation parle-t-on ?

  • Quels sont nos défis et nos aspirations pour cette éducation ?

  • Quelle intention partagée, quelles motivations pour un système éducatif au Québec ?

  • Quels moyens de mise en œuvre pour cette intention partagée ?

…Et si jamais l’idée ou l’envie vous prenait de vous lancer dans cette profonde réflexion, faites-moi signe, il me fera plaisir d’engager la conversation collective !

 

Sonia

 

 

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